Changement toponymique au Fouta Djallo : un phénomène aux implications multiples

Article : Changement toponymique au Fouta Djallo : un phénomène aux implications multiples
Crédit: Maarten van der Brent / Fouta Djallo - Guinée
10 février 2025

Changement toponymique au Fouta Djallo : un phénomène aux implications multiples

Ce billet explore le phénomène relatif au changement toponymique de certains villages au Fouta Djallo. Ce phénomène n’est pas sans conséquences sur l’identité culturelle du Fouta. Le brassage culturel, la montée grandissante des idéaux arabisants, le mimétisme, le complexe peuvent expliquer ce phénomène. Les toponymes jadis des villages du Fouta Djallo, qui par endroit sont sur le point de disparaitre étaient méticuleusement choisis.

Cases Fouta Djallo
Crédit : Corentin Bureau / Village d’ainguel -Guinée

Le Fouta Djallo est confronté à un phénomène lié au changement toponymique. Autrement dit, le fait de changer les noms de certains villages. Ces dernières décennies, nous assistons à des cérémonies relatives à ces conversions toponymiques généralement, pour des noms arabes. En guise d’exemple, les noms comme : « Hansangere ; Bhawo-fello ; Buruwii » autrefois sont devenus « hamdallaye (حمد الله) ; Nassroullah نصر الله ; Dar es salam دار سلام ».

Pourquoi ces changements ?

Tout d’abord, plusieurs questions mériteraient d’être posées dont les réponses seront utiles pour appréhender le phénomène, ses implications et ses déterminants : quels sont les facteurs qui sont à la base de ce changement toponymique ? Ces noms d’antan empêchent-ils l’évolution et l’émancipation des villages ainsi que de ses composantes ? Ces fonds alloués à ces cérémonies ne pourraient-ils pas être orientés vers d’autres domaines peut-être plus nécessaires ? Plus loin, ces agissements ne sont-ils pas des éléments qui favorisent la perte de nos identités culturelles ?

Comment les noms des villages étaient-ils choisis ?

Cases dans un paysage verdoyant
Crédit : Abdoulaye Djouma Diallo / Village de Bhoundou Thierno ; (Doghol Yembering/Mali) – Guinée

Cependant, ces toponymes dont nous avons hérité reflètent notre identité, notre culture et ils sont empreints d’enseignement. Nos aïeux se fondaient parfois sur la situation géographique pour choisir le nom du village. Ɓaawo fello ; Ndantaari ; Weendu sont des toponymes significatifs qui traduisent la situation géographique de l’emplacement du village. « Ɓaawo fello » dénote que le village se trouve derrière une montagne. « Ndantaari » fait référence à un espace géographique au sol argileux. Quant à « Weendu », cette dénomination fait allusion à un lieu où il y a une mare d’eau. Donc, les toponymes ne sont pas fortuits, ils sont le fruit d’une réflexion et d’une réalité.

Parfois aussi, ils se basaient sur le nom du fondateur du village, comme le nom de ce village situé dans la préfecture de Mali (Guinée), « Bhoundou Thierno ». « Bhoundou » qui traduit une source/fontaine d’eau et « Thierno » qui renvoie au nom de celui qui a fondé le village. Ce qui revient à dire qu’il y a plusieurs facteurs qui déterminent ces toponymes (noms des villages). Nous pouvons juste retenir qu’ils émanaient d’une pertinence absolue.

À lire aussi : Le fonio : une journée de moisson avec les cultivateurs au Fouta Djallo

L’arabisation : un facteur explicatif

De nos jours, à cause de l’influence des cultures étrangères et l’obstination à tout arabiser, nous troquons nos identités, nos caractères et caractéristiques dans l’optique de se conformer aux autres. En dépit de cela, si nous approfondissons la réflexion, on se rendra compte de la clairvoyance et de la sagesse que nos parents incarnaient. Pour étayer ces propos, analysons ces noms suivants et tirons-en une leçon.

Les noms propres comme Maladho ; Oury ; Yidhadho ; Gando ; Dian et tant d’autres sont tous des noms en pular mais qui tirent leurs origines en arabe. Saidou (سعيد) en arabe, c’est l’équivalent de Maladho en pular. Yaya (يحي) peut correspondre à Oury. Habibou (حبيب) concorde avec Yidhadho, Alimou (عالم) se traduit par Gando en pular, etc. Autant de dénominations en arabe que nos parents ont adaptées en pular afin de les attribuer à leur descendance. À cela s’ajoute d’autres appellations qui n’ont aucun lien avec l’arabe, mais qui font partie de nous, de notre histoire, de nos us et coutumes telles que : Diouldé, Hothia, Kenda, Soumaye etc. Cela fait montre de la perspicacité qui définissait nos pieux parents. En d’autres termes, cela dénote aussi que nous pouvons demeurer musulmans sans être assimilés par la culture arabe.

Cases dans un paysage verdoyant
Crédit : Maarten van der Brent / Fouta Djallo – Guinée

Ainsi pour dire, à cette allure, nous risquons de perdre nos identités culturelles, traditionnelles et symboliques à cause du complexe et du mimétisme incontrôlé. De ce fait, à nous d’être conscients, de remédier à ce phénomène, de cheminer avec l’évolution du monde et de ses implications tout en préservant nos acquis culturels.

Miɗo ɓuri e jortaade inɗe ɗen alaa ella. Si yaari nii, no gasa fuuta wontay jooni Mujdalifa (مُزدلِفة).

Étiquettes
Partagez