Mamadou Saidou Diallo

Goulet d’étranglement et défis du système LMD guinéen

Il y a plus d’une décennie, plus précisément en 2007, la Guinée se soumettait à l’ordre florissant qui avait pour but d’harmoniser l’enseignement supérieur, faciliter les intégrations, les équivalences et favoriser la mobilité des étudiants partout où le système LMD existe. Plus de quinze ans après son institutionnalisation, le constat révèle plusieurs incommodités qui mériteraient d’être revues pour son bon fonctionnement dans le pays.

Introduction sur le système LMD

Au-delà de son retard dans plusieurs domaines par rapport à la sous-région, à l’Afrique et au monde, la Guinée est aussi très en retard sur le plan de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Il y a plus d’une décennie, plus précisément en 2007, la Guinée se soumettait à l’ordre florissant qui avait pour but d’harmoniser l’enseignement supérieur, faciliter les intégrations, les équivalences et favoriser la mobilité des étudiants partout où le système LMD existe.

Le LMD est un système comme tout système qui a ses avantages et ses limites. Dans un pays comme le nôtre caractérisé par un retard notoire et une carence d’épanouissement palpable dans plusieurs domaines, les limites du système LMD paraissent plus apparentes que les avantages. Notons, le LMD est un système de formation et surtout d’auto-formation dans la mesure où l’étudiant est au cœur de son apprentissage universitaire. Nous n’allons pas entrer dans la profondeur du système, plutôt émettre une analyse superficielle sur lui et ses limites en Guinée.

Aperçu et défis pour un système LMD réussi

Récapitulons, le LMD est un système imposé pour des fins d’harmonisation. Pour son bon fonctionnement dans un pays, il requiert de remplir certains critères entre autres :

  • Des infrastructures universitaires modernes répondant aux normes d’une digne université ;
  • Des enseignants-chercheurs remplissant les critères requis pour l’être, ayant le grade de docteur (Bac+8) dans les conditions normales ou être thésard ;
  • Des Bibliothèques très bien équipées pour l’exploration et la recherche ;
  • Des possibilités de poursuivre jusqu’au doctorat pour faire fructifier et avancer la science, à travers des mémoires, des thèses, des découvertes, etc.
  • Des laboratoires d’analyses, de recherche, etc.
  • L’accès à l’internet et tout ce qui évolue avec. (Wi-Fi ; Bibliothèques numériques ; Revues scientifiques, etc.).

La liste n’est pas exhaustive, il y a plusieurs facteurs à prendre en compte pour songer avoir un système LMD efficace et espérer rester dans la course du monde scientifique.

PIXABAY

Limites du système en Guinée

Le constat alarmant révèle que l’enseignement supérieur guinéen est confronté à d’énormes écueils qui interfèrent à sa brillance. Les infrastructures universitaires ne sont pas efficaces et les effectifs sont pléthoriques. Un cours à l’université de 150 heures, le professeur ne dispense que 45 heures et les autres 105 heures sont dédiées à l’étudiant. C’est à lui de combler ce vide pour avoir une certaine appréhension du cours dans un environnement où les conditions pour la recherche ne sont pas réunies.

Les bibliothèques universitaires manquent d’équipements, elles ne répondent pas aux critères requis d’une bibliothèque universitaire moderne. La bibliothèque de l’université de Sonfonia (UGLC-SC) que j’ai eu l’occasion de fréquenter est une parfaite illustration. La recherche scientifique peinent à voir des jours meilleurs. Les étudiants qui se démerdent à faire le master voire le doctorat se confrontent à des problèmes liés à la documentation etc.

Bref les conditions pour un système LMD réussi et efficace en Guinée ne sont pas réunies pour le moment au regard des réalités persistantes.

Appel à l’endroit de l’État

Nous implorons à l’État guinéen de faire de l’éducation nationale une priorité à travers des actions concrètes afin de changer positivement la donne. Repensons le LMD, adaptons-le, rendons-le efficace et efficient. Cela passe forcément par un réel engagement de l’État et par le concours de tout le monde. Avec une volonté farouche, les moyens pour le faire n’en manquent pas, c’est la question de la priorité jumelée à certains virus atteints par nos dirigeants qui interfèrent à cela malheureusement.


La compétence n’a pas de genre

Le monde dans lequel nous vivons est aussi caractérisé par la récurrence de la question du genre. Une préoccupation tout-à-fait légitime mais qui peine jusqu’à présent à être effective dans certains pays. Ce billet vous propose une analyse sur ce phénomène s’inspirant sur une réalité récente de la Guinée et du Sénégal, en faisant des analogies et en donnant des exemples concrets à travers le monde.

Image prise dans une tribune de Ousmane Diagana.

D’où vient l’inspiration ?

Dans un monde où la compétence n’a pas de genre particulier, il incombe de responsabiliser aussi les femmes. En Guinée le premier ministre avait notifié que le gouvernement serait composé de 30% de femmes, une promesse qui n’a pas été ténue. L’autre constat vient du Sénégal où le nouveau gouvernement ne comporte que 4 femmes ministres parmi 25, l’équivalent de 16%.

Effets, approche genre et développement

Ces situations ont suscité des revendications légitimes de la part de certains organismes des droits de femmes dans les deux pays respectifs. En se fondant sur l’approche genre et développement, je pense qu’il est plus que primordial de revoir cet état de fait alarmant qui consiste à réduire les femmes par le biais des construits sociaux que nous avons érigés en normes.

Les théoriciens du genre et développement pensent qu’il ne peut y avoir un développement équilibré et harmonieux sans la participation active de la couche féminine et cela est évident. Lorsque nous prenons les pays comme le Rwanda, la Namibie, l’Afrique du sud, ce sont des pays où l’égalité homme et femme est effective sur différents domaines de la vie, même si j’ai du mal parfois avec l’expression « égalité » qu’à cela ne tienne.

Des pays qui se démarquent

Au Rwanda, il y a plus de 60% des femmes à l’hémicycle et elles occupent la moitié des postes ministériels selon des statistiques de 2022. La Namibie aussi s’illustre dans ce sens où nous avons 46% des députés qui sont femmes et 56% des postes liés à des compétences techniques sont occupés par elles. Ce qui classe le Rwanda et la Namibie dans le top 10 des meilleurs pays au monde en termes d’égalité homme – femme selon des statistiques mis à jour le 22 octobre 2019 derrière les pays scandinaves en l’occurrence, Islande, la Norvège, la Suède et la Finlande. Ces données ne font pas allusion uniquement au domaine politique, d’autres domaines aussi font partie comme l’accès à l’éducation, à la santé et même le plan économique y est inclus…

Que vais-je dire brièvement ?

Dans un monde où la compétence n’a pas de genre, la responsabilisation des femmes revêt un facteur incontournable pour l’émancipation de nos sociétés. De la même manière qu’il y a des hommes très compétents, également, il y a aussi des femmes très compétentes. De la même façon aussi qu’il y a des hommes plus compétents que certaines femmes, également, il y a aussi des femmes plus compétentes que certains hommes. La qualification n’a pas de genre, elle est en nous tous.

Alternatives

Au regard de ces faits, je ne préconise pas de les responsabiliser juste pour le faire, plutôt le faire en tenant compte de plusieurs facteurs entre autres : la compétence, l’expertise, la convenance à l’image des hommes. Je suis personnellement persuadé qu’il y a des activités/fonctions exclusives aux hommes et d’autres exclusives aux femmes, mais dans les instances étatiques de prise de décisions et dans plusieurs domaines de la vie, leur présence et leur participation demeurent impératives et engendrent des effets très positifs à bien des égards.